Il y a une scène que je connais bien : quelqu’un me décrit son projet avec enthousiasme « je veux quelque chose de moderne, épuré, avec une touche industrielle » et quand je visite le lieu, je découvre un appartement aux moulures haussmanniennes, des meubles de famille chargés d’histoire, et une collection de céramiques artisanales qui racontent tout autre chose. Il y a ce que l’on croit aimer et ce que l’on aime vraiment.
Définir son style décoratif est un exercice plus complexe qu’il n’y paraît. Et les trois pièges qui suivent sont ceux dans lesquels je vois tomber presque tout le monde.
Piège n°1 : confondre ce qu’on admire avec ce qu’on veut vivre
Pinterest, Instagram, les émissions de décoration : ces sources d’inspiration ont un pouvoir de séduction considérable. Un intérieur retient notre attention, on le sauvegarde, on s’en souvient. Et on finit par croire que c’est ce que l’on veut chez soi.
Mais admirer un espace et l’habiter sont deux choses très différentes. Un loft industriel new-yorkais peut être saisissant en photo et épuisant à vivre au quotidien. Une cuisine ouverte filmée sous la lumière parfaite d’un plateau télé n’a pas grand-chose à voir avec la réalité d’une cuisine familiale un mardi soir.




Ce que révèlent vraiment vos inspirations, ce n’est pas un style à reproduire, c’est une sensation à provoquer. La lumière tamisée, la chaleur des matières, la sensation d’espace ou au contraire d’intimité : c’est cela qu’il faut apprendre à lire derrière les images. C’est précisément ici que mon travail d’investigation commence : traduire l’image vers le ressenti, décrypter la structure de votre espace et la confronter à vos besoins profonds pour créer, grâce à des choix concrets adaptés à votre intérieur, une cohérence qui n’existe pas encore.
Piège n°2 : décorer en suivant la tendance sans prendre en compte la réalité de son logement et de son mode de vie
En décoration, les tendances ont ceci de particulier qu’elles semblent universellement désirables au moment où elles s’imposent. Le style japandi, le wabi-sabi, le cottagecore… chaque saison apporte son esthétique dominante, relayée par les magazines, les enseignes, les influenceurs. Et il est très difficile de résister à ce que tout le monde semble trouver beau en même temps.
Le problème n’est pas la tendance en elle-même, c’est de l’appliquer sans se demander si elle correspond à la réalité de son logement, de son mode de vie, de son histoire.


Un intérieur minimaliste demande une discipline de rangement quotidienne que tout le monde n’est pas prêt à tenir. Un décor très sombre et enveloppant peut être magnifique dans un appartement lumineux aux plafonds hauts et invivable dans un deux-pièces avec une faible lumière naturelle. La tendance ne connaît pas votre appartement.
Piège n°3 : collectionner ce qu’on aime sans fil directeur
C’est peut-être le piège le plus courant, et le plus difficile à voir de l’intérieur. On accumule, au fil du temps et des coups de cœur, des objets, des meubles, des textiles que l’on aime chacun pour ce qu’ils sont ; et on se retrouve avec un intérieur qui ressemble à une collection sans cohérence, où chaque pièce est séduisante prise séparément, mais où l’ensemble ne raconte rien.
Un style décoratif, ce n’est pas une addition de choses que l’on aime. C’est une conversation entre des éléments qui partagent une intention. Ce fil directeur ne s’invente pas au moment de l’achat impulsif : il se construit, se réfléchit.
Alors, par où commencer vraiment ?
Avant de regarder vers l’extérieur (les catalogues, les showrooms, les tendances) regardez vers l’intérieur. Pas au sens décoratif du terme, mais au sens propre : qu’est-ce que vous avez déjà, et pourquoi ? Quels sont les objets, les meubles, les espaces auxquels vous êtes attaché sans vraiment savoir l’expliquer ? Qu’est-ce qui vous manque dans votre quotidien, pas en termes d’esthétique, mais en termes de fonctionnalité, de sensations ?
Ce sont ces réponses-là qui dessinent un style. Pas un style de magazine ou de showroom, mais le vôtre, celui qui tient compte de qui vous êtes, de la manière dont vous vivez, et de ce que le lieu a à offrir.
C’est exactement ce travail que je mène avec mes clients en début de projet : non pas leur imposer une esthétique, mais les aider à identifier ce qu’ils cherchent vraiment, et qui peut être différent de ce qu’ils croyaient vouloir au départ. Si vous sentez que vous tournez en rond face à votre intérieur, que vos inspirations s’accumulent sans jamais se transformer en projet cohérent, parlons-en.



